Chef Arabe en Voyage

Chef Arabe en Voyage

Eugène Fromentin *

Signé – Eugène Fromentin (en bas à gauche) et daté – 70 (en bas à droite)

Huile sur panneau (marque du marchand de couleurs Jérôme Ottoz)

26.8 X 35.7 cm (10 1/2 X 14 1/8 in.)

Provenance : resté dans l’atelier de l’artiste ; sa vente après décès, Paris, Hôtel Drouot, 30 janvier – 3 février 1877, lot 7.

Henri Gallice, Paris, 1910.

Rosie Ouizille

Puis par descendance au propriétaire actuel.

EXPOSITION : Paris, Galerie Georges Petit, Vingt Peintres du XIXe Siècle, 2-31 mai 1910, no 93, p.23.

Bibliographie : L. Roger-Milès, Chef d’œuvre de l’école française, vingt peintres du XIX e siécle, Paris, Galerie Georges Petit, 1911, p.57, illustré par une eau-forte de Paul-Emile Leterrier, et p.54.

Né prés de La Rochelle au début de la Restauration, Eugène Fromentin fait ses études dans cette ville jusqu’à l’obtention de son baccalauréat en 1838. Il s’inscrit l’année suivante à la faculté de Droit de Paris et fréquente les cercles républicains. En 1844, profondément bouleversé par le décès de Jenny Chessé, une jeune femme de Saint-Maurice qu’il aimait d’un amour contrarié, il quitte l’étude de notaire où il s’était engagé pour se consacrer à la peinture. Formé dans l’atelier du peintre du paysage Louis Cabat (1812-1893), il fait en 1846 un premier voyage en Algérie où il découvre un univers qui va devenir sa principale source d’inspiration, rapportant des œuvres qu’il expose au Salon en 1847. L’année suivante, il repart pour l’Algérie où il va passer quatres années. En 1850, il envoie onze toiles au Salon où il est médaillé. De retour en France, il se marie et consacre plus de temps à l’écriture, publiant ses souvenirs de voyage, Un été au Sahara EN 1854 ET Une année au Sahel en 1859. Chevalier de la légion d’honneur la même année, familier des hauts personnages du Second Empire, Fromentin fréquente le salon de la Princesse Mathilde en compagnie des Frères Goncourt, de Théophile Gautier et de Gustave Flaubert, et participe régulièrement au Jury du Salon. En 1863, il publie Dominique, un roman nourri par les souvenirs douloureux de sa jeunesse qu’il a corrigé lors d’un séjour à Nohant, chez George Sand. En 1869, il assiste à l’inauguration du canal de Suez aux côtés de l’Impératrice Eugénie et de Ferdinand Lesseps. A la suite d’un voyage en Belgique puis en Hollande, il rédige Les maîtres d’autrefois en 1876, recueil littéraire qui connaitra un grand succès public, dans lequel il se révèle un critique d’art pénétrant et original. Il s’éteint la même année, à l’âge de cinquante-neuf ans.

Chez Fromentin, tout est nuances, tout est grâce, et cependant l’on devine que le peintre demeure dans la vérité de ce qu’il a vu…Et puis il y a le pittoresque des bêtes et des gens rencontrés dans le désert…on n’a qu’à lire les textes de Fromentin, l’écrivain chez lui double merveilleusement le peintre : chaque paragraphe est un tableau. En effet, comment mieux comprendre ce Chef arabe en voyage, suivi par des cavaliers qui caracolent en portant sur leur lance les chevelures des rebelles vaincus, qu’en lisant les notes prises par Fromentin lui-même en Algérie : « il y avait là de fort beaux chevaux, mais ce qui me frappa plus que leur beauté ce fut la franchise inattendue de tant de couleurs étranges.

Je retrouvais ces nuances bizarres si bien observées par les Arabes, si hardiment exprimées par les comparaisons de leurs poètes. Je reconnus des chevaux noirs à reflets bleus, qu’ils comparent au pigeon dans l’ombre ; ces chevaux couleur de roseaux, ces chevaux écarlates comme le premier sang d’une blessure. Les blancs étaient couleur de neige et les alezans couleur d’or fin. D’autres d’un gris foncé, sous le lustre de la sueur, devenaient exactement violets ; d’autres encore, d’un gris très clair et dont la peau se laissait voir à travers leur poil humide et rasé, se veinaient de tons humains et auraient pu audacieusement, être appelés des chevaux roses ». Et plus loin : »ce qu’il y avait surtout d’incomparable, c’était le ciel…au-delà commençait l’azur, et alors, à des profondeurs qui n’avaient pas de limites, à travers des limpidités inconnues, on apercevait le pays céleste du bleu… »

Dans ce petit panneau, daté de 1870 et demeuré dans l’atelier de l’artiste jusqu’à sa mort, la finesse et la qualité de l’exécution, la fraicheur du coloris, la fluidité du pinceau et la transparence la matière révèlent à quel point Fromentin, longtemps après son retour à Paris, était resté attaché à ses souvenirs d’Orient.

 

Gallerie


* Prix et informations sur demande